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Station Eleven - Emily St. John Mandel

Emily St. John Mandel - Station Eleven (2013 / Payot et Rivages, 2016)

Tout commence par la mort d'un acteur, sur la scène d'un théâtre de Vancouver. En pleine scène de folie, le roi Lear s'effondre, terrassé par une crise cardiaque malgré l'intervention inspirée d'un spectateur, sous le regard d'une petite fille qui jouait ce soir-là un fantôme, le souvenir obsédant de l'enfantine Cordelia.
La mort et les fantômes... le souvenir obsédant de ceux qui ont disparu : il n'y aura bientôt plus que cela. Car ce même soir, une épidémie foudroyante arrivée par avion de Géorgie se répand dans les hôpitaux de la ville. En déborde déjà, impossible à contenir, impossible à soigner. Dès le lendemain, la débandade générale aura déjà commencé. Et quelques jours plus tard, l'humanité sera sur les routes, en fuite, agonisante, la civilisation déjà terrassée.

Vingt ans plus tard, dans un monde dépeuplé, sans électricité, sans lois, sans frontières mais débordant de souvenirs - ceux du monde irréel qui existait avant, ceux des années horribles qui ont commencé l'après - celle qui fut autrefois la petite Cordelia joue toujours Shakespeare dans une troupe itinérante, famille un peu bancale de comédiens et de musiciens qui tourne dans la région des Grands Lacs, d'une communauté de survivants à l'autre. Dans ses bagages les deux premiers volumes d'une bande dessinée de science-fiction, narrant la survie à bord d'une petite communauté-planète réfugiée au fin-fond de l'espace... Station Eleven : un roman graphique édité à compte d'auteur, avant la catastrophe, jamais vraiment publié, qui fut l'oeuvre d'une vie depuis longtemps disparue. Un de ces fils rouges ténus qui relient l'avant à l'après, les morts aux vivants, qui relient les uns aux autres des êtres qui ne se sont pourtant presque jamais connus. Un acteur célèbre hanté par ses échecs et ses remords, ses ex-épouses trop nombreuses, son fils tant et mal aimé, la petite comédienne qui assista à sa mort, l'homme qui tenta de lui sauver la vie, son meilleur ami nostalgique, un mystérieux prédicateur à moitié fou, et dangereux, auquel la troupe de la Symphonie Itinérante va se retrouver confrontée.

Autant d'existences dont l'auteur mêle les trames avec une maîtrise impressionnante, oscillant sans cesse d'un côté à l'autre de la catastrophe, modelant en miroir le passé et le devenir, le destin des disparus et celui des survivants. Ce qui s'est échoué et ce qui continue. Il y a là, très forte, cette ambiance délétère, fascinante, qui fait le charme trouble des histoires d'apocalypse, mais doublée d'un réalisme parfois glaçant et d'une sensibilité très fine aux petits détails qui donnent corps et sens au monde, aux choses, aux êtres, aux sentiments. A l'horreur aussi bien qu'à l'espoir et à la beauté qui survit, malgré tout.
Le résultat est quasi hypnotique, sans doute l'un des textes les plus percutants que j'ai lus depuis longtemps, l'un des plus riches et profonds que j'ai lus sur ce thème.
Tags: bouquins, lecture : sf - fantasy - fantastique
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