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Il était une ville... - Thomas B. Reverdy

Thomas B. Reverdy - Il était une ville (Flammarion, 2015)
(272 pages, soit 75 km pour le challenge Tour du Monde. Total : 14 525 km et 59 545 pages pour 162 livres).

Il était une ville... une ville autrefois florissante, un paradis industriel, le rêve américain incarné sur les rives des grands lacs du Nord. La capitale de l'automobile. Ford. Dodge. Packard. Chrysler. Cadillac - qui fut le nom du fondateur de Detroit deux siècles avant de devenir celui d'une marque de voitures.
Et puis, tout a commencé à aller de travers. Petit à petit, lentement, très sûrement. Les usines ont commencé à fermer. La population la plus aisée à partir. La ségrégation a entrainé des émeutes, qui ont accentué la tendance. Et puis la crise financière s'en est mêlée et les gens ont abandonné derrière eux les maisons dont ils ne pouvaient plus rembourser l'emprunt, dont personne ne voulait, qui ne valaient plus rien. A ce stade, le scandale politique - fraude, corruption, détournement de fonds et népotisme - n'était plus guère que la cerise sur le gâteau.
C'est donc dans une cité en plein naufrage que débarque, en septembre 2008, un jeune ingénieur français chargé de chapeauter un nouveau projet automobile international de l'Entreprise. Pauvre Eugène ! Il y croit pourtant à sa mission, et comme il a quelque peu raté la précédente, il faut bien qu'il se rattrape n'est-ce pas ? Pourtant les coutures craquent déjà, elle est comme tout le reste vouée à la déréliction.
Pendant ce temps, à travers la ville, le jeune Charlie et ses copains rêvent de liberté et d'aventure, un flic vieillissant brave le vau-l'eau général qui n'épargne pas même la police pour enquêter sur des disparitions d'adolescents, et une barmaid illumine vaillamment de son sourire la pénombre d'un bar où les habitués se font de moins en moins nombreux.

Thomas B. Reverdy signe là un beau roman, qui joue avec brio de la fascination des ruines et des empires déchus mais sait avancer son propos sur une critique des systèmes déshumanisants qui ont amené là, l'enrichir d'une aventure bien humaine, justement, pleine de sensibilité.
Le Detroit de Reverdy, ce sont les friches pleines de vestiges, les usines pillées, les immeubles désossés et les maisons en feu mais ce sont aussi ses habitants, ceux qui partent et ceux qui restent, ceux qui résistent surtout, contemplateurs sidérés de la catastrophe. Les adultes et les enfants, les survivants d'un autre monde et ceux qui ont déjà abîmé leur jeunesse dans ce chaos, les gamins qui rêvent et qui meurent, ceux qui dealent et qui tuent, ceux qui cherchent à les sauver, ceux que l'amour pousse en avant. Le tout sans misérabilisme, jamais, avec même un sens affûté de la dignité de chacun... et un suspense léger mais bien présent qui rend la lecture fort difficile à lâcher !

*

Pour un complément visuel, le web regorge de photos d'exploration urbaine de la ville mais je recommande particulièrement Detroiturbex.com, très pro et bien organisé, qui classe la visite de la ville abandonnée en grandes thématiques, propose des photos avant-après, et complète les images avec pas mal d'infos historiques. J'y ai trouvé pas mal de choses qui m'ont rappelé les situations et les lieux du bouquin.
Tags: bouquins, challenge tour du monde
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