December 14th, 2013

siouxsie

Caroline Bonaparte, par Florence Vidal

Des sœurs de Napoléon, mes lectures adolescentes m'avaient laissé un souvenir assez flou et peu flatteur. Mais l'exposition que leur consacre actuellement le musée Marmottan - une belle expo, assez riche sur le plan artistique mais un peu frustrante sur le plan historique - m'a donné envie de les redécouvrir.
En commençant par Caroline, la petite dernière, la moins connue et la moins aimée par l'histoire, l'ambitieuse qui obtint un royaume et finit par trahir son illustre frère. La plus intéressante, a priori.

Caroline Bonaparte, soeur de Napoléon Ier - Florence Vidal (Pygmalion, 2006)

Une enfance baladée par les vicissitudes de la famille, un peu écrasée par ses deux sœurs aînées, la très intelligente Elisa et la très belle Pauline. Devenue soeur du général Bonaparte, c'est la parfaite Hortense de Beauharnais que son frère lui oppose comme modèle, entachant leur amitié d'une bonne dose de jalousie. D'une délicatesse exquise en matière de relations humaines, Napoléon ne cessera d'ailleurs jamais d'écorner les sensibilités de son entourage, d'affûter les antipathies, les rivalités, jusqu'à se faire le ferment de haines solides qui contribueront, plus tard, à déstabiliser son empire.

En attendant, la jeune Caroline vire à la petite parvenue capricieuse, jalouse de tous les succès, d'une ambition de plus en plus démesurée. Mais aussi à la jeune fille amoureuse lorsque sa route croise l'un des plus fringants officiers de son frère, le tumultueux Joachim Murat, qu'elle finit par épouser... peut-être pas pour son plus grand bonheur.
Devenus grands ducs de Berg, les Murat rêvent d'un trône royal. Devenus rois de Naples, ils regrettent de ne pas avoir reçu plus glorieux - mais devront s'en contenter. Sentant bien qu'il doit son trône à son épouse, et non à ses seuls mérites, Murat vire jaloux, relègue Caroline à un rôle subalterne quand elle ne rêve que de régner. Alors, elle se concentre sur les arts, les fouilles archéologiques qu'elle relance, l'éducation et l'industrie qu'elle soutient. Elle règne finalement, et peut-être mieux que son époux, lorsque celui-ci part à la guerre. La petite parvenue est devenue une reine tout à fait digne de ce nom.

Mais peu à peu des tensions apparaissent entre le royaume de Naples et l'Empire français. A trop en vouloir, Napoléon finira par tout perdre, et entraînera tous les siens dans la chute, les Murat le pressentent. Ils supportent de plus en plus mal ce rôle de simple pièce sur son grand échiquier que l'empereur leur fait jouer. Attachés à ce pays qu'ils travaillent à rénover, à ce peuple qui ouvertement les aime, ils finissent par se retrouver partagés entre deux allégeances : leur royaume, ou leur frère et empereur ?
Non sans déchirement, ils choisissent le royaume. Alors que l'Empire commence à trembler sur ses bases, s'engagent des négociations tortueuses avec l'Autriche et l'Angleterre. Pas question d'entrer en guerre ouvertement contre la France, mais que peut leur permettre d'obtenir une plate neutralité, le refus d'envoyer des troupes à l'Empereur ? Entre conseillers intéressés, mauvais amis, ambassadeurs retors et proches indignés par ce possible revirement, les choses sont loin d'être simples, d'autant que Murat agit par foucades, rêvant de se faire le champion de l'unité italienne, ne supportant pas de trahir l'Empereur à qui il voue un mélange de ressentiment féroce et d'admiration passionnée, presque amoureuse dans ses expressions.

En 1814, les Murat conservent leur trône. Ils auraient peut-être pu le conserver aussi en 1815 si Joachim ne s'était enflammé pour le retour de l'Empereur, et lancé dans une folle chevauchée pour tenter de soulever l'Italie.
L'Italie ne se soulève pas. Les souverains de Naples sont destitués, Joachim capturé et exécuté, Caroline exilée en Autriche, avec ses quatre enfants, où elle restera longtemps avant de revenir mourir en Italie.

Si Caroline n'attire définitivement pas une sympathie démesurée, elle mérite certainement mieux que le sort réservé par l'Histoire, cette image d'ambitieuse et de traîtresse que Florence Vidal nuance avec talent.
Quant au livre lui-même, il présente à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que la biographie de la Princesse Palatine, publiée dans la même collection : un peu trop bref et allusif, il manque un peu d'ampleur et de travail formel, mais reste intéressant, bien documenté et d'une lecture assez agréable.