November 5th, 2013

siouxsie

Cocottes en manteau d'or

Les éditions Parigramme, c'est un de mes plus grands cauchemars et plus grands délices dans les librairies des musées parisiens.
Rien que leur devise - "Tout Paris est à lire" - met l'eau à la bouche. Et si leurs bouquins abordent tout un tas de sujets intéressants, ils sont aussi très beaux - et me laissent à chaque fois désolée, en prise à l'envie d'embarquer tout le lot. Résultat : je n'en achète jamais, et attend qu'on me les offre. C'est encore mieux ainsi.

Celui-là, je l'avais repéré il y a quelque temps, à la boutique du musée des Arts Décoratifs. L'avais feuilleté avec ardeur et moult soupirs. Puis l'autre jour, mes deux fées me l'ont offert à l'apéro. Elles me connaissent bien, mes deux fées.

Sous cette superbe couverture tendue de tissu doré, derrière le délicat profil de Cléo de Mérode, c'est tout un monde qui revit. Le Paris très mondain et décadent de la Belle Époque, avec ses cabarets, ses spectacles, ses grands restaurants, ses nuits blanches et ses folies dispendieuses. Un Paris futile, immoral et délicieux, sur lequel régnèrent en reines une poignée de femmes hors du commun. Plus belles, mais surtout plus audacieuses, plus volontaires et plus libres que toutes les autres.
Très différentes, toutes. Liane de Pougy, beauté froide qui multiplia les maîtresses autant que les amants avant de finir dans les ordres. Otero, danseuse flamboyante, spécialiste ès-espagnolades, croqueuse de vie autant que de diamants. Cléo et ses bandeaux de madone, ses allures de ballerine sage, peut-être la plus ambiguë de toutes. Emilienne d'Alençon et son monocle, gouailleuse, quelque part entre le gamin des rues et la grande courtisane. Mata Hari et ses fausses danses sacrées venues du fin-fond de l'orient, ses histoires rocambolesques et sa fin entre tragédie et absurde.

Aussi richement documenté qu'illustré, ce livre échappe au piège de la série de portraits et rend d'autant plus de vie à ses personnages qu'il les entremêle, au fil de grandes thématiques, de leurs débuts à leur mort. Chose assez rare pour un beau livre, il est aussi passionnant à lire qu'agréable à feuilleter. Même mon père est tombé dedans - et y est resté, pas que pour les photos apparemment !

Les Cocottes, reines du Paris 1900 - Catherine Guigon (Parigramme, 2012).

(Dans la catégorie "pour approfondir le sujet", l'auteur a récemment sorti une biographie de Max Lebaudy, qui fut l'un des amants prodigues de ces dames avant de succomber, bien trop jeune, d'une mort assez sinistre. Le titre est sans doute un poil racoleur, mais c'est le genre de racolage qui fonctionne à merveille avec moi !)