September 7th, 2013

siouxsie

A Rueil, on sent la pomme. (Et la betterave, aussi.)

Il y a cinquante ans, une des scènes les plus célèbres du cinéma français était tournée à Rueil, dans une villa de l'avenue du Château, à l'emplacement de l'actuel collège de la Malmaison.

Rien de moins que... ceci.


A l'occasion du cinquantième anniversaire du film, pour les journées du Patrimoine, une séance en plein air aura lieu sur les lieux mêmes du tournage - ou peu s'en faut - le 14 septembre à 21h.
C'est gratuit, mais la réservation est conseillée. Plus d'infos par ici ! (Et pour ceux que ça intéresse, tous les lieux du tournage par là-bas).
siouxsie

La servante écarlate

La Servante Ecarlate (The Handmaid's Tale) – Margaret Atwood (1985, Robert Laffont, 1987)

Dans une Amérique futuriste très proche de la nôtre, une crise démographique sévère a entraîné l'établissement d'un ordre nouveau. Un régime d'oppression et de terreur, basé sur les lois revisitées de l'Ancien Testament, où les femmes n'ont plus que quelques fonctions étroitement déterminées. Régence du foyer pour les chanceuses, service domestique pour les stériles, procréation pour les fertiles. Mise au rebut pour les rebelles et les inutiles.
L'une d'entre elles – de celles qui ont déjà été mères, réduites à un rôle de matrice sous leurs longs voiles écarlates – raconte son quotidien, entremêlé de souvenirs du temps d'avant. Des souvenirs plus douloureux encore que ces jours figés sans espoir.

L'ais-je aimé ou non, ce livre ? Difficile à dire.

Son sujet m'a intéressée, indubitablement. Le système social qu'il décrit, rationnalisé à l'extrême, déshumanisé et fanatisé, est glaçant. Les mécanismes de l'oppression et de la soumission, les ressorts fragiles d'une vie étouffée par la terreur, sont suggérés avec beaucoup de subtilité, et j'ai particulièrement aimé la fin, cette fin repoussée dans un futur bien plus lointain, qui fait du récit intime un simple objet d'étude historique. Ce que toutes les expériences, toutes les dictatures et leurs souffrances finissent fatalement par devenir un jour.

Les choix narratifs, en revanche, m'ont laissée beaucoup plus partagée. Ce récit intimiste, volontairement décousu, réserve des pages superbes, mais dégage avant tout une grande impression de froideur. La froideur dans laquelle s'enlise une âme prisonnière et brisée, sans doute, mais qui du coup ne parvient guère à toucher. Ce n'est peut-être pas son but, mais pour pleinement accrocher à un récit j'en ai besoin, moi, d'être touchée.
La première partie du roman, très lente, faite de contemplation figée et de ressassement, m'a du coup un peu cassé les pieds, quand je n'éprouvais pas le moindre fragment d'empathie pour son héroïne. Et si j'ai plus accroché à la suite, où quelques éléments d'action et de bouleversements se mettent enfin en place, où se développent les relations ambiguës entre victime et bourreau bienveillant, il reste que ce personnage principal, la narratrice elle-même ne parvient jamais à me toucher ni même vraiment à m'intéresser. Ni par ce qu'elle fut autrefois, ni par ce qu'elle est devenue. Trop de mollesse et de passivité en elle, même avant qu'elle ne soit brisée. Même dans les formes de sa rébellion. Trop de cette féminité qui, entre dépendance et affranchissement, ne se définit guère que par la relation aux hommes, à la sexualité et à la maternité, et qui m'est assez radicalement étrangère.

Entre sensualité prisonnière et distance clinique est un lien semi-contradictoire, sans doute intéressant mais qui ne m'a pas entièrement convaincue. Je n'ai pas vraiment aimé, non, mais cela reste une lecture que je suis loin de regretter.