August 13th, 2013

siouxsie

La Grande Ombre

La Grande Ombre (The Great Shadow) - A. Conan Doyle (1892).

Jock Calder, jeune fermier écossais vivant près de la frontière anglaise, aurait pu ne jamais connaître du monde que son coin de campagne, ne jamais se dédier à autre chose qu'au soin de ses troupeaux. Mais une cousine un peu trop ambitieuse, légère et charmante, un ami un peu trop impétueux et un mystérieux français débarqué sur la côte en décideront autrement, alors que la grande ombre noire de Napoléon étend son poids sur l'Europe.

La Grande Ombre, que Conan Doyle plaçait au premier rang de son oeuvre, est une belle réussite.
S'y entremêlent avec beaucoup de charme une histoire intime et un grand souffle épique, qui conditionne de loin cette très simple existence, l'emporte soudain, la modèle puis s'éteint enfin dans la paix revenue. Le personnage principal n'a sans doute pas un grand relief, mais il sait en donner à ceux qui l'entourent, tout particulièrement ces deux figures ambiguës, séduisantes malgré tout, que sont la belle cousine et l'intrigant français. Aussi ambigus, à leur manière proche, qu'est à sa manière lointaine l'Empereur, cette ombre maléfique et admirable à la fois. Les passages qui l'évoquent sont parmi les plus beaux du roman, qui rendent avec beaucoup de force et de subtilité l'impact profond de l'aventure napoléonienne.

"On eût dit que dans cette mêlée universelle, aucune race n’était trop proche parente, aucune trop distante pour éviter d’être entraînée dans la querelle.
Mais ce fut surtout avec les Français que nous nous battîmes ; et de tous les hommes, celui qui nous inspira le plus d’aversion, et de crainte et d’admiration, ce fut ce grand capitaine qui les gouvernait.
C’était très crâne de le représenter en caricature, de le chansonner, de faire comme si c’était un charlatan, mais je puis vous dire que la frayeur qu’inspirait cet homme planait comme une ombre noire au-dessus de l’Europe entière, et qu’il fut un temps où la clarté d’une flamme apparaissant de nuit sur la côte faisait tomber à genoux toutes les femmes et mettait les fusils dans les mains de tous les hommes.
Il avait toujours gagné la partie : voilà ce qu’il y avait de terrible.
On eût dit qu’il portait la fortune en croupe.
"

Il est bien dommage que ce texte soit si peu réédité, et globalement si méconnu.