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Les expositionsCollapse )

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Trucs à voir et visiter

91, rue Lecourbe : Eglise Saint-Séraphin de Sarov

Musée de la Grenouillère, à Croissy (mercredi et dimanche, 14h30 - 18h)
Musée Fournaise, sur l'île de Chatou (mer/jeu/ven : 10h-12h et 14h-18h - sam/dim : 11h-18h)
Musée Tourgueniev, à Bougival (d'avril à octobre inclus, samedi 14h-18h, dimanche 10h-18h)
Musée-Promenade de Marly-le-Roi (mercredi à dimanche, 14h-17h30)
Musée des années 30, à Boulogne-Billancourt (mardi au dimanche, 11h-18h)
Samedi 8 octobre, nous partons visiter plus en détails la citadelle de Rabat, où nous n'avions fait qu'un tour très superficiel au tomber du soleil, deux jours plus tôt. Nous garer en centre-ville est un peu moins compliqué que l'autre jour, il y a moins de monde et nous avons repéré les ruelles à l'écart dont les parcmètres sont absents.
Au coin de Savina Square, un saint nous regarde passer depuis sa niche. Un peu plus loin, c'est une boutique de verrerie qui retient notre attention - une des spécialités de Malte, à l'origine de très belles créations. Cette boutique-là est fermée, mais nous trouverons largement de quoi nous laisser tenter un peu plus loin...

La Bienfaitrice - Elizabeth Von Arnim

Elizabeth von Arnim - La Bienfaitrice (1902 / Archipoche, 2013)
(391 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9075 km et 36 460 pages pour 99 titres.
2e titre pour le challenge XIXe siècle 2017.)


Jeune fille de famille noble mais piteusement fauchée, orpheline de surcroît, Anna Escourt a été élevée par sa belle-soeur, aussi fortunée que dépourvue de manières et toujours prompte à rappeler ce qu'on lui doit. Elle a bon coeur, Anna, elle tendrait assez à plaindre cette pauvre Susie dont la situation affective n'est guère enviable - mais l'affection qu'elle lui porte elle-même n'est jamais si vive que lorsqu'elles sont séparées. Lorsqu'elle ne doit pas subir sa raideur, ses réflexions désobligeantes, ses manigances mondaines et ses perpétuelles allusions à l'ingratitude de la jeune fille : pensez donc, dans sa situation, à presque vingt-cinq ans, s'obstiner à décourager tous les prétendants que son joli visage attire, à rester sur les bras de celle qui a déjà tant fait pour elle !
C'est que le mariage ne la tente guère, Anna, surtout le mariage d'argent qu'on entend lui imposer. Libre et indépendante : voilà ce qu'elle se rêve, sans grand espoir hélas... jusqu'au jour où tout bascule enfin. Son vieil oncle Joachim vient de mourir et lui laisse, contre toute attente, un petit domaine en Poméranie doté d'un assez bon revenu pour ne plus dépendre de personne.
Folle de joie, Anna se met en route pour l'Allemagne et décide bientôt que son bonheur, puisqu'elle en a désormais les moyens, doit être partagé. Elle accueillera dans son nouvel éden quelques unes de ces femmes que personne ne songe à secourir - des dames de qualité tombées dans le besoin, ses futures grandes amies, ses futures soeurs avec qui tout partager.
Tout ceci est évidemment sans compter la naïveté du projet, le manque d'expérience pratique de la jeune femme, la barrière de la langue, le foudroyant décalage culturel qui l'attend, le machisme consternant des Allemands, la mauvaise volonté de son régisseur, l'inébranlable certitude de tout son entourage que le bonheur d'une femme ne peut se trouver que dans le mariage et l'entrée en scène de trois nouveaux prétendants dont elle se serait fort bien passée.

Si la première partie du roman est un peu longue à démarrer, l'arrivée en Allemagne bouscule agréablement les choses et les multiples mésaventures d'Anna ne tardent pas à devenir franchement palpitantes, voire assez difficiles à lâcher.
Mais... attendez un instant. Une jolie jeune femme indépendante et volontaire qu'un héritage met à la tête d'un domaine agricole, résolue à ne pas se marier malgré le poids des conventions, confrontée à trois amoureux diversement assidus et bien intentionnés : cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Les amoureux, d'ailleurs, un travailleur solitaire et dévoué, une tête faible que l'amour exalte un peu trop et un militaire aussi fat qu'intéressé, ressemblent beaucoup à une réinterprétation des trois prétendants de Bathseba Everdene. Et ce quiproquo malheureux autour d'une lettre d'amour, cette grange incendiée, cette histoire de bottes de foin... Pas de doutes : c'est un détournement de Loin de la foule déchaînée qu'on lit là ! Et c'est comme si l'auteur, agacée par les mêmes choses que moi dans le roman de Thomas Hardy avait entrepris de reprendre l'histoire en main pour en exploiter les potentiels, d'un point de vue moins puritain, plus féministe et plus subtil.
L'héroïne indépendante et volontaire n'est plus une pimbêche vaniteuse, mais une idéaliste un peu naïve, aussi attachante que Bathseba m'agaçait, et clairement pas du genre à tomber dans les bras du premier bellâtre venu. L'orgueil qui empêche une femme de céder à l'affection d'un homme pourtant désirable n'est plus un sentiment condamnable à dompter, mais une réaction logique à un ordre social qui abaisse. La relation entre hommes et femmes, la manière dont l'attitude instinctivement dominatrice ou protectrice des uns, la dépendance socialement organisée des autres, empoisonne les rapports les plus simples et peut aller jusqu'à geler les sentiments, est mise en scène de manière assez fine, avec toutes les ambiguités qu'elle entraîne.
Autant dire que sous la plume d'Elizabeth von Arnim, cette histoire devient considérablement moins réductrice et plus intéressante ! Avec en prime pas mal d'éléments autobiographiques qui donnent de la profondeur aux personnages et aux situations, avec aussi l'esprit de satire délicieusement mordant et l'amour poétique de la nature qui font le sel et le charme de l'auteur. Un régal !
Vingt livres lus pour le challenge XIXe siècle 2016, et toujours plus de titres qui me font envie, d'auteurs à (re)découvrir, de passerelles à explorer d'une œuvre à l'autre... Il faut dire qu'avec mes compagnons de challenge, l'émulation est efficace : à nous tous, nous avons lu l'année passée un total de 120 auteurs et près de 350 titres, dans des genres très différents, du plus classique au plus méconnu.
Evidemment, je remets ça en 2017 (par ici sur le forum Babelio), et en profite pour remettre à jour mes listes de lecture.

Et la liste est longue !Collapse )

Commençons sans attendre par un petit Balzac...

Balzac - Louis Lambert (1832)
(227 pages, soit 50 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9000 km et 36 069 pages pour 98 titres.
1er titre pour le challenge XIXe siècle 2017)


C'est au collège que le narrateur rencontre Louis Lambert, et pendant quelques années les deux garçons seront inséparables - deux garçons à l'intelligence remarquable, avides de lectures dépassant de très loin ce qu'on attendrait de leur jeune âge, épris d'un même goût pour le monde des idées, d'un même désir d'idéal. Etouffant tous deux dans l'atmosphère étriquée, crasseuse, viciée, d'un minable internat de province. Mais l'esprit de Louis va déjà bien plus haut que celui de son très cher compagnon, il se passionne pour les doctrines de Swedenborg, s'interroge sur les rapports de la matière et de l'esprit, entreprend la rédéction d'un traité de la Volonté où éclate un évident génie que leurs professeurs, évidemment, ne verront pas.
Il pourrait devenir un immense penseur, Louis, de ces hommes dont les idées bousculent la société, révolutionnent le monde, révèlent l'humanité à elle-même. Il pourrait - si son esprit n'allait décidément trop haut, trop loin, jusqu'à n'être plus de ce monde.

Assez pénible lecture que cette longue nouvelle, pourtant riche et théoriquement intéressante.
La description des premières années de pensionnat est assez séduisante, avec cette ambiance poussiéreuse, mesquine, cruelle pesant sur les épaules encore frêles des deux adolescents, avec cette amitié superbe faite de souffrance commune, d'intime compréhension et de tendresse presque amoureuse. Mais Swedenborg, même réinterprété par un personnage romanesque et résumé en quelques pages, j'ai déjà beaucoup plus de mal - c'est intrigant, sans aucun doute, il y a même là à quelques petites choses qui ont assez vivement titillé mon intérêt, cette idée de la volonté comme force vive, agissante, susceptible de s'arracher aux contraintes de la matière, interrogeant bien des mystères, cette ambition de réunir le mysticisme et la science... C'est intellectuellement assez accrocheur, mais c'est évoqué de manière assez confuse, suivant l'évolution d'un esprit en formation, un esprit formidable toujours avide de bondir plus loin et que j'ai bien du mal à suivre, moi, ne connaissant pas grand chose des sujets auxquels il s'intéresse. Et puis surtout, ce mysticisme m'est définitivement étranger, il y a dans tout cela un fond d'idéalisme romantique qui m'agace bien plus qu'il ne me séduit, et l'angélisme qui sous-tend toute l'affaire, même pris dans un sens plus intellectuel que proprement religieux, a franchement tendance à me rebuter. Rien à faire : aux anges, je préfère de longue date les démons.

Reste tout de même l'essentiel, au fond assez fascinant : le destin ambigu, affreusement malheureux ou parfaitement idéal, d'un homme trop spirituel pour ce monde, l'interrogation irrésolue sur la frontière si mince qui sépare le génie pur de la folie.
Les ambitions philosophico-scientifiques du texte le rendent inévitablement assez daté et la lecture en est parfois ardue, mais on y découvre un Balzac relativement méconnu, dont l'extrême curiosité intellectuelle mérite le détour.
Ce vendredi 7 octobre, nous avons rendez-vous à midi et demie à Marsalforn pour un baptême de plongée. Ce qui nous laisse juste le temps de visiter, en matinée, les temples de Ġgantija - grand site mégalithique situé tout près d'où nous logeons. Connu de longue date, fouillé dès le début du XIXe siècle, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1980, le site fut construit entre 3600 et 3200 av. J. - ce qui en fait l'un des plus anciens bâtiments religieux de l'histoire de l'humanité, antérieur à Stonehenge ou aux pyramides d'Egypte.
Bon, concrètement, aux yeux du profane, ça ressemble surtout à un gros tas de gros cailloux mais le visitor's center est très intéressant, avec en prime pas mal d'objets trouvés au cours des fouilles.

Balzac, par Stefan Zweig

Stefan Zweig - Balzac, le roman de sa vie (1946 / Albin Michel, 1950)
(514 pages, soit 100 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Pays : Autriche. Total : 8950 km et 35 842 pages pour 97 livres.
1er titre pour le challenge 1914 - 1968)


S'il faut reconnaitre au XIXe siècle un grand talent, c'est bien celui de produire des géants littéraires aussi remarquables par leur vie que par leur oeuvre. Et quel roman en l'occurrence que la vie de Balzac !
Une enfance malheureuse gâchée par une mère malaimante, des capacités intellectuelles remarquables,peu à peu concentrées dans une très puissante volonté, le refus bientôt de suivre la voie petitbourgeoise tracée par ses parents, des débuts de poète parfaitement romanesques, à travailler furieusement dans une mansarde à quelques sous, un talent pathologique pour bâtir les plus fastueux châteaux en Espagne et les faire s'effondrer sur sa tête, une inaptitude au réel aussi grande que sa capacité créatrice, des jeux de piste rocambolesques pour échapper aux créditeurs et aux huissiers, un conflit perpétuel entre les tentations de la vie et les exigences de l'art, quelques histoires d'amour dont chacune suffirait à fonder un roman, puis une mort solitaire, une mort d'épuisement, pathétiquement pauvre au milieu d'un luxe éclatant et un hommage funèbre célébré par Hugo.

En lisant cette biographie, j'ai eu du mal à ne pas penser à Dumas - alors même que les deux hommes ne s'appréciaient guère et se ressemblent au fond assez peu. C'est la même démesure en tout, la même capacité prodigieuse à créer et produire, le même appétit gargantuesque, un fond de vanité comparable aussi et le même talent pour gaspiller des fortunes absurdes en fastes fabuleux.Dumas, artiste moins subtil, moins exigeant, avait toutefois bien plus de talent pour la vie que ce pauvre Balzac, littéralement dévoré par son oeuvre, écrasé par ses dettes, toujours en quête d'une paix jamais trouvée et dont toutes les grandes entreprises de libération, commerciales, financières ou matrimoniales, ne manquèrent jamais de tourner au désastre.
Toutes les désillusions de Lucien de Rubempré, tous les déboires de son ami David Séchard, le grand monde trompeur, les traffics littéraires sordides, l'imprimerie en déroute, les expédients tortueux pour gagner quelques centaines de francs et jusqu'à la prison pour dettes, leur créateur les a connus avant eux, et dans le moindre détail. A cela, deux seuls remèdes, quoique jamais suffisants : l'écriture forcenée et quelques amis fidèles, parmi lesquels trois femmes occupent les plus beaux rôles. Laure de Berny, la mère de substitut et première amante, Zulma Carraud, la fidèle confidente, et la comtesse Visconti, la maîtresse libre et généreuse. Quant à la célèbre Mme Hanska, c'est encore une autre histoire, considérablement plus complexe et ambiguë...

A retracer ce roman, Stefan Zweig a consacré dix années d'un travail sans cesse recommencé, remodelé, perfectionné, puis interrompu par la dépression et la mort, peaufiné enfin par son éditeur sous les bombes du Blitz avant de pouvoir être publié.
Le résultat - pouvait-on en douter ? - est un portrait passionnant où se mêlent la précision du biographe, la finesse du psychologue, l'intelligence littéraire et le talent pour donner vie et corps à son sujet. Du grand Zweig, en somme, qui fait pleinement honneur au grand Balzac !
Pour la première partie de la journée du jeudi 6 octobre, je n'ai pris que quelques photos sur l'appareil d'Audrey, qui ne me les a pas encore envoyées. Il va donc falloir imaginer la scène...
Imaginer, au pied du village où nous logeons, une longue vallée - plus large, bien moins encaissée que la Wied il Ghasri où nous étions hier, mais à peu près aussi isolée et paisible. Des champs, pas mal d'agriculture, un ruisseau aux trois-quarts asséché, et au bout d'une petite route, une ferme équestre où un passionné recueille des chevaux plus ou moins maltraités, les soigne, les dresse et leur offre une seconde vie en compagnie de quelques autres bestioles. Bienvenue chez Victor ! Au programme, balades en attelage, cours d'équitation naturelle, ferme pédagogique et thérapeutique fréquentée, notamment, par des enfants maltraités, ou encore... cinéma, quelques chevaux de cette ferme du bout du monde figurant en tête d'une charge de cavalerie dans le tout récent Assassin's Creed. (Ce qui surprend moins lorsqu'on sait que Malte toute entière est terre de tournages, où bien des films ont trouvé leur décor).

C'est Audrey, surtout, qui tenait à venir là pour un cours d'équitation sans selle - les chevaux ne m'intéressant guère, je pensais plus ou moins la déposer puis aller me balader. Mais une fois rencontré Victor, toute envie d'aller voir ailleurs s'est bien vite envolée et me voici à mon tour sous le charme ! Des lieux, de l'entreprise, de ce petit homme râblé, buriné, énergique et tranquille, qui parle avec une une belle générosité doublée d'une passion communicative de son métier, de ses bêtes, des enfants qu'il accueille. Moi qui n'avais jamais fréquenté les chevaux qu'en steack, ou de très loin avec une barrière au milieu, je l'ai écouté deux heures durant avec le plus grand plaisir et ai même fini une étrille à la main pour aider Audrey à préparer sa monture.
Pour l'une comme pour l'autre, l'expérience fut assez exceptionnelle, et je la recommande très vivement à tous les amateurs qui passeraient dans les parages !

La matinée est bien finie lorsque nous remontons au village pour changer de vêtements, récupérer le pique-nique, et nous voici bientôt reparties plein ouest en direction de la célèbre Azur Window - d'autant plus célèbre désormais qu'y fut tournée la scène du mariage de Danenery et Drogo pour la première saison de Game of Thrones.
Erreur stratégique : à cette heure de la journée, on n'y trouve pas un poil d'ombre, et les hordes de touristes accueillis à grand renfort de stands à saloperies gâchent considérablement la beauté du paysage. Assommées de soleil, rebutées par le monde et le bruit, nous ne tardons pas à tourner les talons pour partir en quête d'un coin plus tranquille où manger nos sandwiches. Il nous faut tourner un moment pour le trouver, mais il se présente enfin sous la forme d'une petite chapelle isolée dans la campagne, avec une jolie vue sur les collines et un bout de terrasse ombragé.
Suite de la journée du mercredi 5 octobre.
Après quelques heures délicieuses passées au fond de la petite crique qui termine la Wied il Ghasri, nous remontons sur la falaise et poussons jusqu'à la mer. A nos pieds, taillées dans une roche sédimentaire où se trouvent encore des coquillages, encore des salines - sacrément haut perchées pour être remplies d'eau de mer et pourtant, Audrey goûte, l'eau qui les remplit est bel et bien salée ! En arrière plan, sur leur colline, les maisons et l'église d'Iz-Zebbug, où nous ferons un tour en rentrant. Et en face, encore ce bleu formidable, cette eau merveilleuse qui joue d'ombres et de transparences dans les découpes d'une côte dentelée.

Un an de livres : 2016

Voivi revenu le temps des listes... et avec lui, l'occasion de souhaiter une bonne année à tous ceux qui passeront par là !

2016 en livres, ce fut 70 titres lus, plus deux inachevés : Talleyrand, le prince immobile, d'Emmanuel de Waresquiel (une excellente biographie, très érudite mais... un peu trop pour moi justement, très dense, que j'ai fini par laisser tomber au moment de mon départ à Malte mais à laquelle je reviendrai), et Pierre ou les Ambiguités d'Herman Melville (qui commence par une interminable parodie des romans sentimentaux de l'époque, lourdingue et insupportable même au second degré. La suite doit être bien plus intéressante mais je n'ai pas réussi à aller jusque là. Encore un texte auquel il faudra que je redonne sa chance un jour.)

Particulièrement à l'honneur, outre Scott Lynch et Gail Carriger pour leurs séries : Daphné du Maurier, Balzac, Francis Berthelot et Elizabeth von Arnim - laquelle figure avec Daniel Arsand parmi mes plus belles découvertes de l'année.
Et s'il fallait un podium à trois titres, j'y placerais sans doute Je suis en vie et tu ne m'entends pas (Daniel Arsand), Il faut qu'on parle de Kevin (Lionel Shriver) et Les Noces barbares (Yann Queffélec). Sans minimiser, loin de là, le plaisir que j'ai pris à beaucoup d'autres choses.
Ce fut une très belle année de lecture, agréablement boostée par le challenge XIXe siècle de Babelio, où l'ambiance est de plus en plus sympa !

Liste par làCollapse )
Balzac - Splendeurs et misères des courtisanes (1838 - 1847)
(694 pages, soit 100 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Pays : France. Total : 8850 km et 35 328 pages pour 96 livres
20e titre pour le challenge XIXe siècle 2016.)


Arraché au suicide par l'intrigant abbé Carlos Herrera, revoici Lucien de Rubempré à Paris - aussi brillant, aussi heureux qu'il en était parti accablé et défait à la fin des Illusions Perdues. Un protecteur puissant, assez d'argent pour mener un train de parfait dandy, une maîtresse aimante et dévouée, quelques amantes haut placées, un nom aristocratique reconnu... la Fortune enfin semble sourire au jeune homme, qui n'a guère plus qu'à conclure un beau mariage pour assurer sa place dans le grand monde.
Seulement... le protecteur n'est autre qu'un forçat évadé, la fortune qu'il assure à Lucien a des origines bien douteuses, la maîtresse de coeur est une ancienne prostituée qu'un homme dans sa situation ne peut pas afficher, et par ses maladresses, par ses anciens faux-pas, il a suscité quelques haines tenaces qui guettent la moindre faille pour le faire chuter.
Lucien sera heureux, pourtant, pendant quelques années. Mais la nuit où le baron de Nucingen entrevoit par accident le visage de la trop belle Esther, l'amante cachée, les choses commencent à sérieusement se compliquer. Le génie tortueux d'Herrera ne sera pas de trop pour se tirer de là, mais ses machinations implacables pourraient tout aussi bien broyer l'être fragile qu'elles ont entrepris de sauver...

Si le beau Lucien ne m'avait pas vraiment manqué, quel plaisir de retrouver Jacques Collin, le Vautrin du Père Goriot, plus ambigu que jamais sous son nouveau visage de prêtre espagnol ! Sous son aile, Lucien devient d'ailleurs moins sujet qu'objet du roman, ce qui lui convient considérablement mieux.  Un personnage séduisant mais passif sur lequel se cristallisent les passions des autres caractères, qui prennent face à lui toute leur ampleur, découvrent par lui leur potentiel tragique encore insoupçonné.
Deux grands amours, ici, rédempteurs et destructeurs à la fois : celui de la belle Esther, simple prostituée qui pour Lucien se fera sainte puis martyre ; celui de Jacques, criminel aussi brillant qu'implacable, à qui ce joli garçon révèle un coeur et une capacité terrible à souffrir. Le premier, un peu convenu, joue avec les codes assez classiques du sordide et du sublime - il touche, pourtant, par le charme de cette femme depuis longtemps sacrifiée à l'autel des plaisirs masculins, foncièrement généreuse, déchirée entre deux visages contradictoires et inconciliables d'elle-même que son dangereux mentor manipule un peu trop bien. Le second, beaucoup plus rare, a toute l'ambiguité, l'audace et la puissance de son principal personnage, il déjoue les codes sociaux établis, les rapports de classes, de sexes et de genres, il manipule celui dont il a fait son idole, domine absolument et s'offre tout entier. Peut-être plus spirituel que charnel, il est odieux parfois, par l'emprise absolue qu'il entend exercer, magnifique malgré tout, par le bouleversement total qu'il entraîne chez cet homme d'airain.

Splendeurs et Misères, pourtant, est loin de se limiter à une double histoire d'amour, aussi complexe et intéressante soit-elle. De manière tout aussi intéressante et complexe, s'y exposent également les rapports entre la Société et ses laissés pour compte, pègre et prostituées, victimes dangereuses d'un ordre inique qui écrase sans pitié ses éléments les plus fragiles, retourne contre lui-même ceux qu'il n'a pas tués. Au terme d'un palpitant duel policier entre l'ancien forçat et un trio de redoutables espions, puis d'une bataille juridique à mille rebondissements, y aura-t-il seulement un vainqueur dans cette affaire ? Au lecteur de se faire son idée, sachant que ce qui est dit diffère bien souvent de ce qui est donné à voir... Ambiguité assez balzacienne, qu'amplifie ici les besoins du roman feuilleton, dans la forme duquel l'oeuvre est contrainte de se couler.
Les rivaux de Balzac sont désormais Eugène Sue et Dumas : on y perd parfois un peu en finesse, en précision, mais on y gagne aussi en efficacité narrative, avec une succession de chapitres très courts, un peu trop parfois, dont les effets de suspense rendent vite la lecture assez addictive !

Comme j'adore relier entre eux mes centres d'intérêt, et connaissant l'admiration que vouait Oscar Wilde à Balzac, et l'effet assez violent que ce roman en particulier eut sur lui[Spoiler (click to open)]
("La mort de Lucien de Rubempré est le plus grand drame de ma vie", aurait-il dit... avant de connaître le vrai sens du drame)
, je n'ai pas pu m'empêcher de noter au passage les parallèles nombreux qui existent entre Lucien et Dorian Gray.[Spoiler (click to open)]
Deux très beaux garçons, blonds, angéliques, sensibles et influençables, sont dévoyés par un séduisant démon (Lord Henry / Jacques Collin), tombent plus ou moins volontairement dans la dépravation et le crime, causent la mort d'une femme qui les aime trop (Sibyl Vane / Coralie (également comédienne) et Esther), voire la chute de celui à qui ils doivent tout (Basil Hallward / Jacques Collin) et, rattrapés par leur conscience, finissent par se donner la mort.

La chose a sûrement déjà été étudiée - les similitudes, en tout cas, sont vraiment intéressantes, et il faut bien noter au passage que le blondin angélique d'Oscar est sacrément plus accrocheur que celui d'Honoré :-)

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