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Trucs à voir et visiter

91, rue Lecourbe : Eglise Saint-Séraphin de Sarov

Musée de la Grenouillère, à Croissy (mercredi et dimanche, 14h30 - 18h)
Musée Fournaise, sur l'île de Chatou (mer/jeu/ven : 10h-12h et 14h-18h - sam/dim : 11h-18h)
Musée Tourgueniev, à Bougival (d'avril à octobre inclus, samedi 14h-18h, dimanche 10h-18h)
Musée-Promenade de Marly-le-Roi (mercredi à dimanche, 14h-17h30)
Musée des années 30, à Boulogne-Billancourt (mardi au dimanche, 11h-18h)
Robin Hobb - Les Aventuriers de la mer - intégrale, tome 1 (1998 / J'ai Lu, 2015)
(960 pages, soit 200 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9875 km et 40 285 pour 108 livres)

Imaginez un monde où les navires seraient des créatures vivantes - capables d'apercevoir l'écueil, de sentir la tempête, de s'ajuster d'elles-mêmes au mieux du vent et du courant, d'interagir avec leur équipage, de nouer un lien étroit avec leur capitaine... ne serait-ce pas merveilleux ?! Oh, bien sûr, ce n'est pas le cas de tous les bateaux, loin de là. Les Vivenefs sont rares, fruit d'une antique et obscure magie, en faire bâtir une revient à s'endetter sur plusieurs décennies : seules les plus grandes familles de marchands de Terrilville peuvent se permettre un tel investissement. Mais le jeu en vaut la chandelle, aucun vaisseau pirate ne saurait rattraper une Vivenef et elles seules peuvent braver les dangers du fleuve du Désert des Pluies, là où se noue le commerce des objets issus de la magie.
Il y a trois générations, les Vestrit ont fait bâtir la Vivacia. Aujourd'hui, le vieil Ephron Vestrit se meurt, n'attend plus que le retour de son cher navire pour mourir sur son pont. Alors, et alors seulement, nourrie par les esprits de trois capitaines, elle s'éveillera pour de bon, deviendra celle que tous attendent. Si tout va bien, c'est Althea Vestrit, la fille cadette d'Ephron élevée en mer, qui reprendra le gouvernail pour guider la nef dans sa nouvelle existence.
Si tout va bien. Mais si tout devait bien aller, serions-nous sur le seuil d'une trilogie de près de 3000 pages ?
Ephron est à peine disparu que Kyle Havre, le beau-frère d'Althéa désormais (auto)promu Homme-De-La-Famille, se mêle de tout organiser à sa manière. Manière qui n'est pas du tout celle qu'on attendait, et qui convient assez mal à une situation complexe dont il ne comprend, au fond, pas grand chose.
Ajoutez à cela que les Anciens Marchands subissent depuis quelque temps une rude concurrence économique qui les affaiblit de plus en plus, qu'un capitaine pirate a décidé de réunir tous ces bons-à-rien de frères de la côte autour de son ambitieuse (très ambitieuse !) personne, et que d'immenses serpents de mer aussi voraces que venimeux se réunissent dans les profondeurs... vous comprendrez que la pauvre Vivacia ne s'éveille pas sous les meilleurs auspices. Or une Vivenef, quoi que laisse penser son corps de bois, est une créature sensible. Très sensible.

Formidable entrée en matière que ce premier tome, où un univers fascinant se met en place et où une poignée de personnages très accrocheurs entreprend de s'entre-déchirer à belles dents. Tout n'est pas parfait, j'ai trouvé que les ressorts de certains manquaient un peu de subtilité - la stupidité machiste et bornée de Kyle Havre, la connerie arrogante et insensible de Kennit contraignent un peu trop les personnages, et même si des nuances leur sont apportées, même si leurs caractères sont loin d'être inintéressants, ils me donnent l'impression que l'auteur n'éprouve pas avec eux assez d'empathie pour les rendre aussi bien que les autres. De manière générale d'ailleurs, les personnages féminins sont plutôt mieux écrits que les masculins, ce qui est un peu dommage mais a au moins le mérite de changer agréablement d'un sacré paquet de bouquins, surtout en littérature de genre. Et puis il y a au moins deux belles exceptions : Parangon, Vivenef mutilée et un chouïa schizophrène dont le passé soulève de bien inquiétantes questions, et Hiémain, très jeune adolescent incapable de se faire l'homme qu'attend son père, dont la douceur paisible n'a d'égale que l'inébranlable volonté. Un trait de caractère typiquement Vestrit, ça : la mère, la fille, la petite-fille et le petit-fils, forment un sacré troupeau de têtes de mules. Pour le pire (ce qu'ils peuvent être agaçants, parfois !) mais surtout pour le meilleur (elle a une sacré dignité, leur résolution, et on ne peut qu'être de tout coeur avec eux lorsqu'ils décident de se battre pour retrouver ce qui leur a été arraché).
Ajoutez à cela un habile enchevêtrement d'intrigues et de rebondissements, une vision de la magie aussi intrigante qu'ambiguë, de nombreux mystères encore à résoudre ainsi que quelques pistes de réflexion assez fines sur les rapports humains intimes et sociaux, sur les notions de dépendance, d'appartenance, de servitude et de liberté (l'esclavage est un thème central, qui finit par questionner le statut même des Vivenefs de manière très intéressante), vous obtenez un roman d'aventures aussi palpitant qu'intelligent... qui augure fort bien de la suite !

Joe - Larry Brown

Larry Brown - Joe (1991 / Gallmeister, 2004)
(336 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9675 km et 39 325 pages pour 107 livres)

Un vieux pick-up déglingué, un pack de bières sous le fauteuil passager, une bouteille de Bourbon à portée de la main, et au volant un type entre deux âges, pas mauvais bougre, loin de là, mais du genre qu'il vaut mieux éviter de chercher. Voilà Joe. Marié et divorcé, évidemment, deux gosses qu'il ne voit guère, on pourrait l'imaginer dans le rôle du shérif local mais il doit se contenter d'un job moins reluisant - le déboisement des forêts locales et leur reconversion en plantations de pins. Pas de quoi vous offrir un but existentiel folichon, en somme.
Pourtant, cette existence plutôt morose partagée entre le boulot, la picole et le jeu semble soudain des plus enviables lorsqu'entre en scène la famille Jones. La famille Jones, c'est le pire du pire - le père surtout, alcoolique teigneux prêt à toutes les saloperies pour se procurer une bouteille, loqueteux, puant, paresseux, servile avec les forts, brutal avec les faibles, sa femme et ses gosses surtout. La mère n'est plus qu'une épave à moitié folle, la fille aînée commence à comprendre qu'elle se débrouillera mieux toute seule qu'avec les siens, la benjamine ne prononce plus un mot et le cadet fait ce qu'il peut. Un chouette gamin, Gary, élevé à coup de gnons, ne connaissant du monde qu'une succession de boulots minables et mal payés, la violence et la misère, improbablement gentil pourtant et résolu coûte que coûte à s'en tirer.
Joe, évidemment, va rencontrer Gary et restera difficilement insensible à son sort. Reste à savoir ce qu'ils vont pouvoir faire l'un de l'autre - entre l'apathie ronchon de l'un et l'incapacité de l'autre à échapper à son père, lequel ne cesse de repousser les frontières de l'ignoble, la partie n'est pas gagnée d'avance.

Après les raffinements de l'Angleterre aristo-artistique de Brideshead, j'aurais bien fait de m'offrir une petite transition plutôt que sauter à pieds joints dans le doux fumet White Trash de Larry Brown. J'ai beau aimer les contrastes, picoler à la Bud avec des bûcherons dans une cabane en rondins est, disons, plus confortable quand on ne vient pas de siroter des vins fins en compagnie d'un joli garçon dans le salon d'un château. Les pauvres bûcherons, surtout, n'y ressortent pas vraiment à leur avantage. N'est-ce pas en partie pour cela que j'ai trouvé à Joe cet arrière-goût de stéréotype, au lieu de me laisser convaincre par le personnage ? J'avoue être un brin lassée de l'éternelle figure du quadra/quinquagénaire alcoolique divorcé au caractère râpeux qu'on retrouve si souvent, d'un côté ou de l'autre de la loi, dans la littérature américaine, et en l'occurrence le caractère ne m'a pas semblé assez travaillé pour sortir vraiment du lot.
Fort heureusement, Gary est assez irrésistiblement attachant, une petite flamme vive qui s'obstine à lutter contre des ténèbres gluantes et qu'on a envie de protéger de ses mains, d'arracher à son monde. Un personnage enlevé à toute naïveté par les horreurs qu'il a vues et vécues, mais qui à travers elles a su garder une innocence touchante... d'autant plus touchante peut-être qu'elle vient justement de son statut d'enfant sauvage et que toute forme de "réussite sociale", aussi modeste soit-elle, a des chances d'y mettre bientôt fin.
Fort heureusement, Larry Brown échappe au piège que tendait cette histoire, celui d'un sauvetage rédempteur de l'adolescent par l'adulte. Il tisse entre les deux personnages un rapport beaucoup plus subtil, beaucoup plus ambigu, où les liens d'une paternité manquée sont évidents mais dont les ressorts exacts et les conséquences restent sujets à la libre interprétation du lecteur. Dans cette optique, la fin très ouverte est assez louable, même si j'avoue qu'elle m'a quelque peu laissée sur ma faim et qu'une action un peu plus resserrée n'aurait pas gâché mon plaisir.
L-Imdina - simplifiée en Mdina - fut la première capitale de l'île de Malte, fondée bien avant La Valette puisque ses origines remontent aux Phéniciens, soit aux environs du VIIIe siècle avant notre ère. Ce sont toutefois les colons arabes (présents sur l'île de 870 à 1091) qui lui donnent son nom (comme à la plupart des communes de l'archipel) et la divisent en deux parties distinctes : l'actuelle citadelle de Mdina, corsetée d'un haut rempart, et Rabat, ex-faubourg de la première, largement étendu depuis lors.
Le 12 octobre, nous comptions consacrer une journée à la visite de l'ensemble - mais n'avons pas tardé à restreindre nos ambitions à la seule Mdina, adorable ville-musée où il est délicieux de déambuler au hasard des ruelles entre églises et palais. Et puis les amateurs de Game of Thrones pourront encore repérer au passage quelques lieux de tournage...

Retour à Brideshead - Evelyn Waught

Evelyn Waught - Retour à Brideshead (Brideshead Revisited) - (1945 / 10/18, 1998)
(432 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9600 km et 38 989 pages pour 106 livres.
4e titre pour le challenge 1914 - 1968)


Alors que s'est déjà éteint son bref engouement pour la chose militaire, les hasards de la guerre ramènent un jour le capitaine Charles Ryder à Brideshead. Ce paysage, il le connait encore par coeur : une vallée enchantée, trois lacs, un château, la plus belle demeure qu'il ait jamais connue - et avec lui, mille souvenirs d'un temps désormais révolu. C'était il y a plus de vingt ans, la première année à Oxford, les portes de la vie qui s'ouvrent enfin en grand, les amitiés studieuses qui cèdent le pas aux amitiés de plaisir, le temps où l'on apprend à boire et à aimer. C'était Sébastien Flyte, ce garçon délicieux, un peu puéril, dont il était devenu le compagnon inséparable et qui l'avait amené là, à la demeure de ses ancêtres. C'étaient les Années Folles, l'alcool qui coule à flots, la fête qui trébuche, les dysfonctionnements qui percent, la mélancolie qui s'installe et grignote, grignote irréparablement les belles promesses dont on se grisait tantôt.

Un sentiment de profonde tristesse domine à la lecture de ce roman - roman de la jeunesse perdue, de l'amour gâché, des illusions enfuies. Pas de pathos, pourtant, juste un ton de mélancolie sourde, d'amertume lucide, un peu désemparée, qui n'exclut ni l'humour pince-sans-rire ni la satire sociale. On a d'ailleurs soupçonné des personnalités bien réelles derrière certains personnages : Lord Beauchamp et son fils, Hugh Lygon, pour Lord Marchmain et Sebastian, un peu du peintre William Ranken pour Charles Ryder... De toute évidence, l'auteur peint un milieu qu'il connaît de près, la haute société de l'entre deux guerre, où se côtoient artistes et aristocrates, esthètes flamboyants et mondaines bon ton, avec ses extravagances, ses excès, ses folies, ses scandales, ses faille secrètes et ses traditions irréductibles. Le tableau en est passionnant, un peu grinçant parfois, plein de charme, de vie, de couleurs, autour d'un petit noyau de personnages assez inoubliables. J'avoue un faible particulier pour Anthony Blanche, homosexuel flamboyant qui gère l'hostilité de ses camarades avec un panache admirable et restera, malgré ses fables et ses mises en scènes, l'un des caractères les plus francs et les plus forts du roman. Pour Cordélia aussi, la petite soeur dont la piété n'a d'égale que l'impertinence. Et puis, évidemment, Sebastian, qui ne saura que chuter en perdant son enfance, se heurter aux siens comme un animal captif aux barreaux de sa cage, Sebastian que tout le monde adore et qui se déteste lui-même avec une violence désolante - de ces personnages qui me touchent trop pour ne pas me séduire malgré l'envie latente qui me prend de leur botter l'arrière-train.
Difficile, pourtant, de saisir avec précision les ressorts intimes du personnage, de comprendre exactement ce qui le ronge, ce qui détruit de l'intérieur cette famille. Une part de mystère est voulue, sans aucun doute, le narrateur lui-même, longtemps, reste perplexe devant le drame qui se joue, d'autant plus impuissant et désarmé. Puis avec lui, on commence à saisir certaines choses, mais évoquées toujours de manière très allusive - et je ne suis pas certaine d'avoir toujours bien saisi ce qui était impliqué, notamment dans les dessous des rapports familiaux, le rôle de la religion dans tout cela, à la fois essentiel et très ambigu, destructeur et consolateur. Je serais assez tentée, à vrai dire, de voir dans la figure de Lady Marchmain un symbole autant qu'un personnage. Aimée et respectée de tous, sauf de ceux qui comptent réellement pour elle, objet d'un engouement passionné mais vite éteint de la part de son époux, qui depuis lors la fuit comme la peste pour vivre une existence lointaine, libre et plus ou moins scandaleuse, vouée à détruire tous ceux qu'elle cherche à retenir avec les meilleures intentions du monde, et tout particulièrement son fils cadet, implicitement homosexuel, qui n'assume pas de la haïr, elle reste assez mystérieuse en tant qu'individu mais prend pleinement son sens si on voit en elle, femme fatale et sainte, une incarnation de la tradition religieuse de la famille. Religion catholique, en l'occurrence, qui donne aux Flyte une place un peu à part dans l'aristocratie britannique, qu'ils cherchent à peu près tous à fuir mais à laquelle ils finissent toujours par revenir, presque malgré eux, pour le meilleur ou pour le pire.

Il méritera au moins une seconde lecture, ce roman - une lecture plus posée, moins avide de savoir comment tout cela va (mal) tourner, plus sensible aux indices, aux sous-entendus, enrichie peut-être d'autres romans de cet auteur que je connais assez mal. Je me procurerai en revanche une autre édition - la traduction utilisée par 10/18 est vieille, souvent maladroite, et ne rend certainement pas justice au style de l'auteur.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, j'ai trouvé pas mal d'informations dans cet article du blog Les diagonales du temps - où l'on trouve aussi plein de choses intéressantes.


Pour finir, un tableau de William Ranken, qui illustre à merveille le sujet :-)

Mardi 11 octobre, inutile d'aller bien loin pour partir en balade : non loin d'où nous résidons, la côte se découpe en une série de petites criques délicieusement pittoresques, où il y a de quoi passer une pleine journée de marche et de baignade. Avec en prime une paillote recommandée par notre hôte, où nous pourrons déjeuner le nez sur les vagues.
En chemin, l'indication d'un site archéologique nous interpelle et nous voici parties sur une petite route de terre... où pas grand chose ne semble pointer son nez au milieu des champs. Ne sommes-nous pas allées trop loin ? Le petit mur de pierre, là, non ? Non. Et celui-là ? Ah, oui. Bon, c'est fermé, et de toute façon, à part quelques vagues fondations en cours de fouille, il n'y a pas grand chose à voir ! Mais le site est joli.

Villa du crépuscule - Jesse Browner

Jesse Browner - Villa du Crépuscule (The Uncertain Hour) (Bloomsbury, 2007 / Phébus, 2009)
(216 pages, soit 50 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9525 km et 38 557 pages pour 105 livres)

Après avoir été Arbitre des Elégances de l'instable Néron, voici Pétrone tombé en disgrâce - fatale. Un complot pour prétexte, un rien, pas de jugement, et bientôt les assassins de l'empereur frapperont à la porte. Hors de question, pour un patricien, un homme de guerre et d'honneur, de tomber sous leurs coups - c'est de sa propre main qu'un noble romain doit savoir mourir. Il s'y est préparé, toute sa vie peut-être, ce devrait être facile.
Ne reste plus qu'une nuit. Une nuit qu'il a choisi de mettre en scène en un dernier repas intime, raffiné, fastueux, une de ces fêtes exquises dont il a le secret, pour ses plus chers amis, avant de tirer sa révérence.
Mais force est de constater qu'on a beau s'être préparé à mourir, toute la philosophie du monde n'est rien face à la vie qui s'obstine, refuse de disparaître. La nuit n'a jamais semblé si belle, les parfums si puissants, les souvenirs si proches. Il reste des erreurs, des non-dits à résoudre avec Melissa, la vieille maîtresse revenue le soutenir en ses derniers instants. Martial, le jeune poète ibère, ne comprend rien à ces romains stoïques, s'insurge contre le sort que semble trop bien accepter son protecteur et ami. Malgré la bonne volonté des autres invités, la fête trébuche un peu, hésite, vacille, reprend. Il faut tenir, jusqu'au bout, malgré la tristesse, malgré le sang qui coule, garder la tête haute.

Un beau sujet pour ce roman qui a pourtant peiné à totalement me convaincre. Il contient de vrais moments de grâce pourtant, lorsqu'il s'agir de poser l'ambiance de cette dernière soirée, la beauté de la nuit, les hésitations de l'âme entre volonté et regrets. Il contient des réflexions intéressantes sur la vie, le plaisir, l'amour, la mort. Mais il y a des petits détails qui clochent - l'évocation de l'amour romantique dans la bouche d'un romain du Ier siècle, les marées méditerranéennes censées échouer et remettre à flot un navire. Les discussions entre les personnages qui, sans bien que je réussisse à cerner pourquoi, sonnent parfois un peu faux. L'impression que malgré une documentation réelle et sans doute approfondie, l'auteur ne maîtrise pas totalement l'époque qu'il a choisie - malgré le contexte, les noms, l'histoire des personnages, j'avais parfois l'impression d'assister à une réception chez des américains contemporains plus que chez un patricien romain. Volonté délibérée de rendre la puissance intemporelle des thématiques abordées ? Peut-être, mais avec un rien de maladresse qui m'a plusieurs fois gênée. Et puis, la relation amoureuse prend à mon goût une place trop importante au détriment de tout le reste. Elle n'est pas inintéressante, fondamentalement, mais elle ne m'a guère accrochée et à ces amours imaginaires, j'aurais préféré une évocation plus approfondie des rapports avec Martial et Néron, du contexte politique, littéraire... Critique purement subjective, pour le coup.
Je ne regrette pas cette lecture, qui ne manque pas de qualités et sait parfois se faire assez envoûtante, mais - peut-être attendais-je trop du sujet - elle m'a un peu déçue. Je reste en tout cas curieuse de confronter mon point de vue à d'autres - et un brin frustrée de ne pas trouver d'autres critiques baléliotes à me mettre sous la dent !

Vacances maltaises : de Gozo à Malte

Lundi 10 octobre, le temps est venu de regagner l'île principale de l'archipel, sur laquelle plusieurs belles journées de vacances nous attendent encore.
Avant de partir, détour par le Crafts Village de Ta D'biegi, où quelques maisonnettes réunissent diverses productions de l'artisanat local pour le plus grand plaisir des touristes. Le genre d'endroit où les cars se déversent entre la visite numéro cinq et la visite numéro six de la journée, mais où l'on peut trouver quelques jolies (ou savoureuses) petites choses à rapporter dans ses valises. La boutique-atelier de verrerie, surtout, vaut le détour - moi qui suis assez difficile en la matière, j'aime vraiment, vraiment beaucoup la verrerie gozitaine !
Ensuite, nous filons vers Mgarr : repérage des horaires de ferry, brève balade sur le port... pas très propice au déballage des sandwiches (qu'il est déjà l'heure de manger !). Pourquoi ne pas plutôt monter au fort Chambray, dont la position dominante doit offrir une jolie vue et peut être un coin d'ombre où s'installer ?

Un instant d'éternité - E.M. Forster

E.M. Forster - Un instant d'éternité et autres nouvelles (A collection of Short Stories, 1954 / The life to come and other stories, 1972 / Christian Bourgois, 1988)
(306 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9475 km et 38 341 pages pour 104 titres.
3e titre pour le challenge 1914 - 1968)


Comme Maurice, plusieurs des nouvelles qui composent aujourd'hui ce recueil ne furent publiées qu'après la mort de l'auteur, en 1972. Certaines choses, pour un homme élevé dans l'Angleterre victorienne, ne se disaient décidément pas tout haut. Et puis, ces nouvelles, il ne leur accordait pas non plus grande valeur littéraire - il dit les avoir écrites pour s'exciter, pour le sentiment de mise en danger qu'elles lui procuraient, plus que pour s'exprimer. Ce rejet, éventuellement compréhensible, est tout de même assez injuste - je les ai trouvées délicieuses, moi, et certaines peut-être d'autant plus spontanées qu'elles n'avaient pas pour but immédiat d'être publiées. On y trouve souvent, plus ou moins inquiète, plus ou moins libérée mais toujours puissante, l'attirance fascinée de l'intellectuel trop bien élevé pour les forces dionysiaques de la chair et de la nature. Des élans païens, un accent d'impertinence sociale, voire de franche subversion, qui passe d'ailleurs aussi bien par les élans de l'esprit que par ceux du corps.
Oh, tout cela, bien sûr, reste très policé à notre regard contemporain mais ce n'est pas anodin pour l'époque, et il est assez touchant de sentir cet instinct de vie, de liberté, qui lutte contre le carcan de l'éducation et de la bienséance, le fait craquer délicatement aux entournures... ou le balaie parfois carrément. J'ai aimé cette oscillation constante entre retenue et hardiesse, entre humour et gravité, entre réalisme et étrangeté. Sommes-nous en train de lire une farce malicieuse ou un drame ? La frontière est ténue de l'une à l'autre, comme est mince ce qui sépare les mystères de la nature du pur fantastique...

Toutes les nouvelles, évidemment, ne sont pas égales, certaines un peu anecdotiques, d'autres franchement captivantes. Toutes ne m'auront pas également marquée mais chacune à sa manière m'a procuré un réel plaisir, voire de francs moments de jubilation - ce qui élève ce recueil assez près du coup de coeur !

Les Médicis - Evelyne Deher

Evelyne Deher - Les Médicis (Criterion, 1991)
(298 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Total : 9400 km et 38 035 pages pour 103 titres)

Le manque d'organisation, c'est passer deux mois à se dire "super ! puisque je vais enfin à Florence, je vais pouvoir lire plein de bouquins passionnants sur le sujet pour préparer et approfondir ma visite" et, la veille du départ, n'avoir non seulement encore rien lu, mais n'avoir même strictement rien en rapport avec le sujet dans ses livres en attente. Heureusement la bibliothèque de ma mère contenait ce titre prometteur... quoiqu'à priori un peu ambitieux vu l'épaisseur restreinte du bouquin.
De fait, nous avons là une évocation romancée de la prise de pouvoir des Médicis à Florence, de l'entrée en scène politique de Come l'Ancien (vers 1434) à l'avènement de son petit-fils Laurent, dit bientôt le Magnifique, en 1469. Ou comment, en quelque trente années, une famille de riches banquiers semblable à beaucoup d'autres s'impose comme maîtresse absolue de la cité, capable de traiter quasiment d'égal à égal avec le pape ou les rois de France. Au programme : générosité bien calculée, jeux d'influences, noyautage de la République, manipulation des foules, diplomatie habile dans une Italie plus que jamais divisée - mais aussi un mécénat actif, qui mêle un sens habile de la mise en scène et un goût sincère pour les arts, une grande curiosité intellectuelle.
Evelyne Deher peint tout cela de l'intérieur, donne corps et âme à ses personnages en évoquant leurs rapports familiaux, leurs goûts et leurs amours. Le tableau est assez vivant, plaisant à lire, mais trop superficiel, aussi bien du côté des ficelles romanesques que de l'évocation historique. C'est un peu frustrant au final, mi chair mi poisson, dépourvu de ce qui fait un bon roman comme une bonne biographie, et achevé beaucoup trop tôt dans le temps. A défaut de pouvoir approfondir tous les sujets intéressants ici évoqués, j'aurais au moins aimé suivre la vie de Laurent le Magnifique, les existences si souvent bouleversées des autres grands noms de la famille, voir Savonarole entrer en scène, la République reprendre ses droits, Alexandre revenir duc, faire sa soeur reine de France, être assassiné, et tout ce petit monde dégénérer peu à peu jusqu'à Gian Gastone, le dernier du nom. Là, le titre aurait été bien mieux justifié !

A défaut de mieux, cela reste une introduction facile, plutôt intéressante et de lecture plaisante, à l'histoire des Médicis et de Florence. De quoi donner un peu de relief historique à mon voyage, ce qui était le but du jeu - de quoi surtout donner envie de lire d'autres titres plus ambitieux sur le sujet ! Le choix est particulièrement vaste : si vous avez des recommandations, je suis preneuse :-)

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