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Trucs à voir et visiter

91, rue Lecourbe : Eglise Saint-Séraphin de Sarov

Musée de la Grenouillère, à Croissy (mercredi et dimanche, 14h30 - 18h)
Musée Fournaise, sur l'île de Chatou (mer/jeu/ven : 10h-12h et 14h-18h - sam/dim : 11h-18h)
Musée Tourgueniev, à Bougival (d'avril à octobre inclus, samedi 14h-18h, dimanche 10h-18h)
Musée-Promenade de Marly-le-Roi (mercredi à dimanche, 14h-17h30)
Musée des années 30, à Boulogne-Billancourt (mardi au dimanche, 11h-18h)

Dix jours dans un asile - Nellie Bly

Nellie Bly - Dix jours dans un asile (1887 / Editions du Sous sol, 2015)
(128 pages, soit 50 km de plus pour le challenge Tour du monde. Pays : Etats-Unis. Total : 8475 km, 33 328 pages et 21 pays pour 91 livres.
19e titre pour le challenge XIXe siècle 2016)


En 1887, Joseph Pulitzer lance un défi à Nellie Bly, jeune journaliste de 23 ans déjà connue pour quelques reportages d'infiltration en usine et au Mexique : se faire passer pour folle et interner au Blackwells Island Hospital, l'un des principaux asile d'aliénées pour femmes de la ville de New York. Bien qu'assez dubitative sur ses chances de leurrer les professionnels qui décideront de son sort, la voilà qui intègre une pension ouvrière, sort le grand jeu des regards égarés, des propos décousus, soulève pitié, moqueries, malaise. Que faire de cette étrangère perdue, dont l'esprit bat visiblement la campagne ? La police est appelée à la rescousse, au poste on fait appel à un médecin, l'actrice est convaincante, le médecin abusé, la machine se met en place et bientôt la jeune femme n'a même plus besoin de jouer la comédie pour être folle aux yeux de tous, psychiatres compris. Car une fois son but atteint, sans pour autant dévoiler la supercherie, Miss Bly ne se comporte plus que très normalement, et ne tarde pas à découvrir que beaucoup de malheureuses internées avec elles ne sont guère plus folles que le commun des mortels. Des femmes psychologiquement fragiles peut-être, malades souvent, arrivées là on ne sait trop pourquoi, placées sur le même plan que les plus aliénées... et qui ne tarderont pas à le devenir, hélas, vu les traitements qu'on leur inflige.
Nourriture insuffisante et souvent avariée, bains glacés, eau souillée, chauffage inexistant, vêtements misérables, promiscuité sordide, hygiène inexistante... Les patientes se retrouvent soumises, absolument, à des infirmières aussi incompétentes que brutales, plus proches des kapos de camps de concentration que d'un personnel hospitalier digne de ce nom, dont les sévices finiraient par rendre folle la femme la plus solide quand ils ne tuent pas pour de bon. Quant aux médecins, entre les indifférents, les complaisants et les généreux trop débordés pour voir ou pouvoir grand chose, le tableau n'est guère plus reluisant.
Dans cet enfer, la jeune femme tient 10 jours, notant tout, ne dormant presque pas, avant d'être récupérée par un avocat complice - soulagée et malheureuse pourtant d'abandonner ses compagnes à ce triste sort auquel elle échappe elle-même si facilement.

Le reportage qu'elle tire de l'aventure fait la une de la presse, entraîne un scandale évident, une enquête. Malgré les tentatives du personnel hospitalier pour dissimuler le plus gros des faits, la justice valide le témoignage de la jeune femme et une vaste campagne de réforme et de financement est lancée pour améliorer les conditions de vie des détenues. A quel point, dans quelles mesures exactes, les choses changeront-elles ? Cela, on ne nous le dit pas et c'est un brin frustrant pour le lecteur d'aujourd'hui qui, en quelques dizaines de pages, s'est passionné pour le sujet. A l'image de son auteure, le reportage n'en est pas moins admirable - de ceux qui nécessitent une force de caractère hors du commun, de ceux qui bousculent la société et font bouger les choses. Le tout écrit dans une langue simple et vivante, sans effets de manche superflus, et d'autant plus percutant.

Une belle idée que la réédition de ce texte, ici accompagné de deux autres reportages plus modestes mais également intéressant, dans une agence de placement pour domestiques et une usine d'emballages. Après cet exploit, Nellie Bly a accompli un tour du monde à la Phileas Fogg que j'irai découvrir, chez le même éditeur, avec la même curiosité.
Octave Mirbeau - Les 21 jours d'un neurasthénique (1901 / Le Passeur, 1998)
(376 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Pays : France. Total : 8425 km, 33 200 pages et 21 pays pour 90 livres.
18e titre pour le challenge XIXe siècle 2016.)


L'été, la mode ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l'on voyage. Quand on est un bourgeois cossu, bien obéissant, respectueux des usages mondains, il faut, à une certaine époque de l'année, quitter ses affaires, ses plaisirs, ses bonnes paresses, ses chères intimités, pour aller, sans trop savoir pourquoi, se plonger dans le grand tout. [...] Donc je voyage, ce qui m'ennuie prodigieusement, et je voyage dans les Pyrénées, ce qui change en torture particulière l'ennui général que j'ai de voyager. Ce que je leur reproche le plus, aux Pyrénées, c'est d'être des montagnes...

Neurasthénique, vous avez dit ?!
Ironie de la chose, c'était pourtant pour soigner son vague à l'âme que le narrateur était parti là-bas. Installé dans une une ville d'eau très mondaine (quoique parfaitement sinistre) des non moins sinistres montagnes, il passe le temps comme il peut en observant ses congénères. Ceux qu'il ne fait que croiser, ceux qu'il connait hélas beaucoup trop bien, de vagues connaissances, de ces amis que l'on subit sans les aimer, simples bourgeois ou ministres, tous... eh bien sinistres, justement, avec leurs petitesses, leur bêtise crasse, leur fatuité vulgaire, tous symboles écoeurants, grotesques souvent, d'une société corrompue jusqu'à la moelle et confite en mesquinerie. Une société où tout s'achète, à commencer par le respect et les honneurs, et où les pauvres n'ont le droit que de crever sans rien dire.

Même s'ils peuvent être comptés parmi les romans de l'auteur, les 21 jours d'un neurasthénique sont en réalité la compilation d'une cinquantaine d'histoires publiées par Mirbeau dans divers journaux parisiens, cousues entre elles pour former une oeuvre unique. Le fil, volontairement assez lâche, en est ce séjour pyrénéen qui fait d'une ville thermale un véritable théâtre où se croisent tous les acteurs, tous les types, tous les vices de la France fin de siècle, où chaque rencontre est l'occasion d'une histoire. Inutile d'y chercher, pour autant, un témoignage réaliste : tous ces récits, ou presque tous, sont excessifs, grotesques, forcés dans le cruel ou dans le ridicule, des caricatures à la manière de Goya ou de Daumier, qui dénoncent moins des individus que l'esprit général de la société, à travers les monstres ou les situations aberrantes qu'elle engendre. La vénalité omniprésente, l'administration homicide, la colonisation meurtrière, l'héroïsme enseigné par les bouchers aux moutons, le populisme impudent, la roublardise érigée au rang de vertu... et là derrière, la férocité naturelle de l'homme, cette bête fauve qui transparaît à chaque instant derrière les faux vernis.
C'est horrible, c'est tragique souvent, mais drôlatique aussi, et d'autant plus puissant. Au mal du siècle, toutes les cures thermales ne feront jamais rien - seule l'écriture est un remède, qui plonge dans le désordre et l'absurdité du monde pour y forger ses propres armes, indispensables à la vie.
2 octobre 2016.
Après les festivités du samedi soir, ce dimanche matin est d'un calme olympien qui donnerait presque à certaines rues des allures de ville fantôme. Plusieurs posibilités de visite s'offrent à nous mais nous n'en retiendrons finalement qu'une, le palais du Grand Maître et son armurerie, préférant passer le reste de notre temps à flâner entre ruelles, remparts, bords de mer et jardins...


Les ferrets de la reine - Jean d'Aillon

Jean d'Aillon - Les Ferrets de la reine (J.C. Lattès, 2008)
(484 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde.Pays : France. Total : 8350 km, 32 824 pages et 21 pays pour 89 livres)

1624. Alors qu'à la cour se négocie péniblement le mariage de la princesse Henriette, sœur de Louis XIII, avec le prince de Galles, futur Charles Ier d'Angleterre, le jeune Louis Fronsac, fils de notaire, entre comme interne au collège jésuite de Clermont. La vie qui l'y attend, d'une implacable austérité, ne semble guère ouvrir à l'aventure - et pourtant ! Les très pieux élèves se révèlent bien moins sages que prévu, des voleurs redoutables sévissent dans les rues de Paris, une épidémie se déclenche, des relations imprévues se nouent, des espions se dissimulent pas bien loin et à la nuit tombée, à travers le plancher, des bribes de conversations de toute évidence secrètes finissent par attirer l'attention du jeune garçon. Ces dignes pères jésuites ne seraient-ils pas en train de comploter contre le mariage anglais ? C'est que l'ordre a été largement persécuté, en Angleterre, sans compter que les espagnols voient d'un assez sale œil cette union impie qui les isole.
Reste à savoir ce qu'on peut faire, quand on est un gamin de 12 ans et qu'on découvre un complot politique. Se servir de son cerveau, déjà, aller chercher ses alliés aussi haut que l'on peut, oser, enfin ! Par souci de justice et surtout pour la reine.

La célèbre affaire des ferrets, présentée d'un tout autre point de vue que celui de Dumas, avec un jeune roturier, futur enquêteur, à la place de l'impétueux d'Artagnan : l'idée était séduisante et si le résultat n'a certes pas le panache et l'ampleur des Mousquetaires, s'il ne manque même pas de défauts, l'interprétation politique de l'affaire est aussi nettement plus fine, plus intéressante, servie par un scénario de fond assez bien ficelé.
Sur la forme, en revanche, quelques facilités, trop heureuses coïncidences, huilent un peu trop bien l'enchaînement des événements. L'écriture, qui plus est, se fait souvent trop didactique à mon goût - de celles qui cherchent trop visiblement à instruire leur lecteur sur l'époque évoquée, et perdent du coup considérablement en puissance évocatrice, en poésie. J'avais connu Jean d'Aillon plus inspiré, d'un style bien plus original, notamment dans l'Obscure mort des ducs et autres aventures du brigand Trois-Sueurs.
Reste qu'on apprend beaucoup de choses, sur la vie quotidienne à Paris en ce temps-là, sur l'enseignement des collèges jésuites, sur les complexités politiques et religieuses de la nouvelle alliance franco-britannique que l'auteur expose de manière claire et intéressante. Le lien entre le complot, tel qu'il nous apparaît peu à peu, et l'affaire des ferrets, telle que l'Histoire nous l'a transmise, reste assez longtemps mystérieux pour titiller la curiosité du lecteur. Il se résout finalement de manière très réussie, dans un épilogue qui rend enfin le beau rôle à la reine Anne d'Autriche, femme de tête, femme politique, et non plus amoureuse inconséquente à la mode romantique. Rien que pour ça, ma foi, ça vaut le coup !

Une lecture agréable, parfaite à glisser entre deux textes plus littéraires ou exigeants. Jean d'Aillon a écrit un paquet de romans sur les aventures de Louis Fronsac, que j'irai découvrir avec plaisir à la suite ce celui-là.

Aristote à l'heure du thé - Oscar Wilde

Oscar Wilde - Arisote à l'heure du thé (1877 - 1895 / Grasset, 2010)
(196 pages, soit 50 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Pays : Angleterre. Total : 8275 km, 32 340 pages et 21 pays pour 88 livres.
17e titre pour le challenge XIXe siècle 2016)


Belle éloquence et plaisirs élégants, influence classique et charme britannique, que voici un joli titre pour compiler des articles d'Oscar Wilde ! Divers articles et chroniques publiés dans divers journaux entre 1877 et 1895, dont la majorité n'avait jusqu'alors jamais été traduits en français.
Plutôt que par ordre chronologique, l'éditeur a choisi d'organiser l'affaire par grands thèmes. Les Américains, tout d'abord, où l'on trouve en premières loges les Impressions d'Amérique et leurs pittoresques anecdotes, mais aussi une revue très mondaine des américains en Angleterre.
Whistler, les peintres et la peinture, ensuite, avec le compte-rendu d'une conférence de l'artiste, très admiré de Wilde, un texte intéressant sur les modèles londonniens, un autre sur le costume dans l'art, diverses piques contre la peinture académique, contre l'artifice que toutes ces poses (les modèles, les costumes...) entraînent, l'éloge de l'art comme expression de la vie au plus naturel.
Viennent ensuite les écrivains et la littérature, anglais et étrangers. On y trouve notamment de très belles pages sur George Sand, sur Balzac et sur les trois grands auteurs russes du temps, Tourgueniev, Tolstoï et Dostoïveski. Un article de 1889 où Wilde évoque comment la prison a transformé un habile rimeur en un poète sérieux et profond (W. Blunt, brièvement emprisonné pour écrits en faveu de l'indépendance irlandaise.)
Le recueil se termine sur les poètes et le peuple, un thème un peu plus fourre-tout où l'on parle de politique, de gastronomie, de réforme du vêtement, du Maroc et de l'art de la conversation. Viennent enfin deux interviews de Wilde, l'une où l'artiste s'exprime avec une virulence certaine sur la censure de Salomé, l'autre où il s'amuse surtout aux dépens d'un journaliste naïf et maladroit.

L'intérêt de tout ceci est assez varié. Certains textes sont un peu lointains pour le lecteur moderne, du moins le lecteur moderne dont la culture se révèle fort lacunaire sur certains sujets. Mais il y a là toute la finesse, tout le brillant, toute la malice, toute la désinvolte profondeur et l'authentique générosité qui font le charme et l'intérêt de l'auteur, et celui-ci se révèle, à travers ses articles et ses chroniques, sous un jour parfois assez différent de ce que révèlent ses oeuvres de fiction. Un visage plus personnel et plus nuancé, très frivole parfois mais aussi parfois très sérieux, jouant toujours des masques avec l'habileté des grands personnages.
Si ce n'est évidemment pas par là qu'il faut découvrir Wilde, ce recueil plaira sans nul doute à ceux qui l'aiment déjà et désirent mieux le connaitre, comme à ceux qu'intéressent les questions artistiques, aux amateurs de la société victorienne curieux de découvrir le point de vue d'un homme d'esprit sur divers aspects de son temps.
15 jours à Malte... Je crois bien n'être jamais partie aussi longtemps dans un pays étranger aussi petit, avec pour perspective des visites bien entendu, mais aussi du farniente, de la plage, du temps à prendre et savourer ailleurs, tout simplement. L'endroit est parfait pour ça, riche en découvertes culturelles mais aussi plein de coins de nature ravissants, de boute de côte superbes, encore sauvages lorsqu'on s'éloigne des coins les plus touristiques.

Arrivée le 1er octobre sous un ciel... gris, presque plus gris qu'à mon départ de Paris, mais la température évidemment n'a rien à voir et les quelques gouttes de pluie tombées durant mon trajet de l'aéroport à La Valette semblent juste là pour prouver au touriste qu'à Malte aussi, parfois, de l'eau peut tomber du ciel. Très timidement en l'occurrence, pas de quoi faire reverdir la caillasse sèche qui entre deux villages tient lieu de paysage. La végétation locale se dévoilera petit à petit au fil du séjour - dans un premier temps, ce sont surtout les figuiers de barbarie qui soulèvent mon enthousiasme de fille du nord, si épineux, si exotiques, et tout chargés de fruits bien mûrs.
La circulation est dense, la conduite plutôt fantaisiste (ça ne passe pas ? On force. Ca passe ? On fonce. Priorité ? Quelle priorité ?), j'ai donc tout le temps de m'imprégner du paysage, épines, murets, collines arides, jolis balcons de pierre sculptée, tout en me cramponnant de mon mieux pour ne pas finir en tas sous ma valise. Une vingtaine de minutes plus tard, le bus s'arrête aux portes de la cité sur une grande place ronde où trône une fontaine à tritons. Retrouvailles avec mon amie Audrey, arrivée de Copenhague la veille au soir, déjeuner rapide au café Royale où un iced coffee se métamorphose en Irish coffee et où une salade de chèvre tente de se dédoubler (la serveuse a du mal), puis nous rejoignons la guesthouse réservée pour les trois premières nuits du séjour.

Premier contact avec la géographie bien particulière de la ville : le relief est accidenté, les rues descendent beaucoup, remontent tout autant, et parfois se métamorphosent même en escaliers. Quand vous trimballez une valise de presque 20kg, prenez soin de vérifier qu'il est réellement nécessaire de descendre la rue-escalier, là, et que nous n'aurez pas à tout remonter et même un peu plus si vous voulez ensuite tourner à droite... (incriminons ici Google, infichu de placer les choses au bon endroit !)

Enfin, dans une ruelle en pente, l'Asti guesthouse nous apparaît, un ancien petit palais où une vieille dame aux manières décidées tient quelques chambres, récemment réaménagées. L'endroit a beaucoup de charme avec son joli vestibule, ses voûtes en pierre apparente... ses escaliers tarabiscotés qu'il faut encore gravir avant d'aller s'effondrer sur un lit. Pause.

Un temps de repos plus tard, jetant un oeil par la fenêtre de notre chambre, je constate que la fille de notre hôtesse est en train d'installer des tas de petits photophores dans la rue, joliment disposés autour d'un gros pot de fleurs. En redescendant, nous apprenons que ce soir est soir de fête, avec de la musique, des jeux, des illuminations à travers toute la ville.
Nous n'en profiterons pas très longtemps, étant toutes les deux claquées, mais l'animation joyeuse qui règne déjà dans les rues, les préparatifs souvent fantaisistes des animations, forment un contraste assez savoureux avec la beauté décadente des vieux palais baroques. Une ambiance bien particulière et très agréable pour notre première balade de découverte dans les rues de La Valette !

Daniel Arsand - Je suis en vie et tu ne m'entends pas (Actes Sud, 2016)
(272 pages, soit 75 km de plus pour le challenge Tour du Monde. Pays : Allemagne. Total : 8225 km, 32 144 pages et 21 pays pour 87 livres.)

Comment vouliez-vous que je résiste à ce délicieux jeune homme qui m'attendait, clope aux lèvres et regard provocant, sur une table de la médiathèque ? Une photo de Marianne Breslauer judicieusement choisie, tant pour attirer l'oeil que pour illustrer ce superbe roman qui s'inscrira parmi mes plus belles découvertes de l'année.

Nous voici à Leipzig, en 1945. Un homme détruit avance dans une ville en ruines, qu'il reconnaît à peine. Autrefois, comme dans un autre monde, il y a eu le plaisir, l'insouciance, un amour comme on en rencontre rarement. Et puis quatre ans plus tôt, des hommes ont enfoncé leur porte, son bel amour s'est envolé et Klaus Hirshkuh a été traîné vers un de ces camps dont on revient rarement, où il a survécu pourtant, quatre ans durant, à tous les sévices et toutes les infamies. Triangle rose, dans ces camps-là, fait de vous un sous-homme aux yeux mêmes des autres détenus...
A présent, la liberté retrouvée est un abîme d'incertitudes. Dans un monde de privations, il faut rafistoler tant bien que mal le corps et l'esprit, apprivoiser le deuil, affronter déjà ceux qui ne savent pas, ne veulent pas savoir, ne peuvent pas tolérer d'ouvrir les yeux. Puis partir ailleurs pour réapprendre à vivre, peu à peu, à désirer à nouveau, à aimer peut-être, et un jour enfin, un jour lointain, ne plus baisser les yeux, ne plus chercher l'oubli et le silence, mais oser dire enfin, clair et fort, ce que l'on est et ce qu'on a subi. Ce qu'on peut subir encore jusque dans la paix depuis longtemps revenue.

Je suis en vie et tu ne m'entends pas... Voilà un de ces textes trop rares qui parviennent à concilier, sans aucune lourdeur démonstrative, un propos de fond engagé (la déportation des homosexuels et sa trop difficile reconnaissance, symbole d'une homophobie subsistant sous tous les régimes) et une exploration de l'intime remarquablement juste et puissante. La psychologie est fine, les personnages sont vrais, même les troisièmes rôles, même ceux qui servent surtout à illustrer un propos, ceux qu'il ne sert à rien d'expliquer et que chacun connait plus ou moins pour avoir déjà croisé leurs semblables. L'écriture, surtout, est formidable, dense, âpre, capable de dire avec autant de force l'horreur et la violence, le sang, la merde, l'humiliation, que la beauté irréelle de la jeunesse enfuie, la mélancolie suffocante des amours disparues, l'ivresse d'un baiser, le vertige d'une caresse. Un torrent sans cesse bousculé, qui entraîne le lecteur au plus près (coeur, âme, corps) d'un homme redoutablement attachant, abîmé, hanté, bien plus fort pourtant qu'il ne le sait lui-même et dont l'existence se fait peu à peu un bel hommage à la liberté de vivre et d'aimer.

Le Vercors en octobre

Dernière balade en montagne avant de regagner, via Valence, la région parisienne.
Balade transie dans un vent à décorner les boeufs - on est loin des -20°C que j'ai connu par là il y a quelques années, mais tout aussi loin des 28°C maltais quittés quelques jours plus tôt !
Au moins, la lumière est belle et les paysages splendides dans leur robe automnale... quand ce ne sont pas les nuages qui dévorent les sommets, dans une ambiance de lande irlandaise.

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L'odeur des garçons affamés - Frederik Peeters, Loo-hui Phang (Casterman, 2016)

Dans l'ouest encore sauvage, trois hommes aussi dissemblables qu'on peut l'être se sont associés pour un voyage d'exploration. Un chef d'équipe faussement jovial, plutôt vulgaire, visionnaire... à sa façon, et bien résolu à remplir sa mission conquérante. Un artiste photographe, très dandy, très secret, bien trop raffiné pour cette cambrousse où il s'engage sans conviction. Un garçon de ferme pour s'occuper des chevaux - quantité négligeable... en apparence.
Tous trois, de toute évidence, dissimulent quelque chose. Leur nature, leur passé, leurs intentions... Et là autour, les indiens rôdent. Menaçants - mais pas autant que ce pistolero au visage ravagé qui guette entre deux rochers.Mystérieux - mais pas autant que ce vieux Comanche qui les observe en solitaire, bien moins que ce qui se trame derrière le voile des apparences.
Sous le soleil brûlant, les tensions s'exacerbent, les non-dits s'effritent, une atmosphère d'inquiétante étrangeté s'installe - et le désir affirme sa raison, insolent, souverain.









Ce titre... n'est-il pas magnifiquement trouvé, ce titre ?! Intrigant et sensuel, il promet beaucoup, il promet même presque trop, ne sera-t-on pas déçu par ce qu'il couronne si bien ?
Que nenni. Ou presque pas. C'est une vraiment belle BD que nous ont concocté Frederik Peeters et Loo-hui Phang, étrange, originale, audacieuse et captivante de bout en bout. Le scénario mêle habilement histoire et onirisme, réalisme et magie, social et intime, il intrigue, il confond, et offre une échappatoire superbe aux puissances sauvages de l'amour, celui qui se moque de tout et bouscule tout les codes. Le dessin... à première vue n'est pas ce que je préfère en BD, un poil classique à mon goût, mais puissant tout de même, colorisé avec goût et capable d'offrir un univers visuel captivant à cette belle histoire.

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